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Ubuntu en salle des profs
Informatique - Généralités
Écrit par Arnaud Kientz   

ubuntu

 

Depuis la rentrée, non seulement les ordinateurs de la salle des professeurs, mais aussi ceux dans nos deux salles multimédias, sont en multiboot Windows Xp / Ubuntu. Pour être honnête, bien qu'utilisateur de debian depuis bon nombre d'années, je ne pensais pas que cela réussirait à intéresser du monde vue les remarques ou commentaires dont je suis témoin, mais j'ai absolument voulu offrir l'alternative. Force est de constater que je me suis trompé dans ma prédiction : les réactions ont été diverses et parfois inattendues...

Le titre est un clin d'oeil à l'un de mes collègues développeur, j'ai hésité longtemps avec "Linux, cet inconnu".

 

Pour placer le contexte, cela concerne une soixantaine de machines, qui ne sont pas des bêtes de courses, dans un réseau dirigé par un serveur sous debian.

J'ai pu exploiter le principe de connexion pour l'installer sous Ubuntu, et fait en sorte d'installer des solutions équivalentes sous XP et sous Ubuntu.

Afin d'être sûr de faire passer le message, je fais démarrer deux machines ( sur huit ) automatiquement sous Ubuntu en salle des professeurs. A partir de là il y a plusieurs situations qui se produisent :

  • la/le collègue qui remarque que la couleur est différente et qui n'essaye même pas d'aller plus loin,
  • celle/celui qui se connecte, regarde ses mails, surfe un peu et se déconnecte sans même s'en rendre compte,
  • celle/celui qui se connecte, remarque les effets compiz, joue un peu avec, et finalement n'arrive pas à se déconnecter car le bouton est en haut à droite au lieu d'en bas à gauche dans les habitudes windowsiennes.

Finalement l'intérêt pour ce système est devenu bien plus conséquent que ce que j'aurais pu imaginer. Au fil des semaines, les gens ont discuté de la nouveauté, ont tenté de comparer, certains ont testé, et d'autres sont restés sur leurs positions en refusant en bloc d'y jeter un oeil. Ce n'est pas un problème, le but n'est pas de forcer les gens, chacun peut faire ce qu'il veut.

Au final, environ une dizaine de personnes, sur une centaine, sont réellement intéressées par la "chose".

 

Du côté des élèves, du moins ceux que j'ai en cours d'informatique, ce qui représente tout de même une bonne soixantaine d'élèves, je dénombre environ un tiers de connexion sous Ubuntu lors des cours. Ils ont le choix des outils pour programmer en python, et le plus souvent c'est le couple kate/console qui sort gagnant ( oui, j'installe des applications Kde dans du Gnome, et alors ? ). Les effets compiz ça plait. Le terminal façon Guake, ça plait. Les bureaux virtuels, ça plait. C'est bien beau tout ça, mais cela ne constitue pas le coeur des différences avec un Windows, et c'est donc pour cette raison que j'ai entamé une discussion autant avec les élèves, qu'avec les collègues intéressés.

 

C'est cette dernière discussion que je vais détailler maintenant. Elle a pris la forme d'une présentation de Linux, d'une durée de une heure pendant la pause de midi. C'est pas le meilleur rendez-vous possible, mais dans notre école, nous n'avons pas trop le choix.

Comme je m'y attendais, peu se sont libérés pour participer à la présentation, cinq en tout, ce qui est beaucoup plus que je n'aurais pu l'espérer. Celle-ci s'est décomposée en 4 étapes, mais finalement 3 parce que j'ai fait sauter la première :

  1. Installation
  2. Présentation de l'interface ( menus, effets, bureaux, dossiers persos, ... )
  3. Logiciels classiques
  4. Avantages / Inconvénients

 

Présentation de l'interface


lucidlynx-desktop_small

La présentation de l'interface de Gnome ne pose aucune difficulté : les menus sont clairs, les éléments rangés d'une manière logique. C'est un peu tricher, car je n'ai pas parlé des options de configurations particulières, comme par exemple de changer de lecteur vidéo par défaut pour les .avi, mais comme le public visé n'était pas réellement intéressé par ce genre de manipulations, et comme le temps manquerait, j'ai laissé passer ce genre de détails.

Et pourtant, c'est un point qu'un utilisateur aborde un jour ou un autre...

L'un des points qui me parait important, c'est les notifications : je ne me rappelle pas avoir vu de notifications complexes sur des Ubuntu basiques. Pour un débutant, cela fait une énorme différence : entre avoir des messages concernant les mises à jour flash, ou java, un ordinateur en danger, autoriser l'application oiqslkfh.exe à accéder au registre, etc... sont autant de désagréments qui mettent l'utilisateur dans une position de crainte permanente, de manque de contrôle de sa machine. De ce côté là, l'interface Gnome accompagne d'une manière relativement efficace le neophyte.

Naturellement, en énonçant cela j'en vois certains sourciller, mais j'ai un argument de poids : ma mère et ma soeur, qui sont loin d'être des spécialistes de l'informatique, sont sous Ubuntu depuis plusieurs années, et c'est exactement ce qu'elles ressentent vis-à-vis de l'interface.

Etant plus en confiance, on essaye un peu plus, on s'aventure un peu plus loin, et c'est à partir de là que commence le plaisir en informatique ( ou pas... ).

 

La présentation du home se fait rapidement, et j'énonce la caractéristique des fichiers de configurations personnels des applications qui sont contenus dans des dossiers cachés du home. Cela n'intéresse pas vraiment mes auditeurs.

 

Enfin, lors de le connexion, l'utilisateur a le choix de la langue, élément absolument indispensable dans notre lycée. Je ne sais pas si c'est possible sous Windows, en tout cas je ne sais pas faire.

 

Logiciels classiques

 

Les poids-lourds du libre ont monopolisé un bon morceau de cette présentation. Firefox, Openoffice et VLC sont déjà largement présents dans le spectre des applications sous Windows, et constituent à elles seules la plupart des manipulations des débutants. J'ai également mentionné Thunderbird, Gimp et le nouveau venu Google Chrome ( ou Chromium... ).

C'est à ce moment-là que l'assemblée a réalisé qu'on ne pouvait pas installer Word sous Ubuntu, il faut faire le choix d'une autre suite bureautique. D'où une longue discussion sur les formats, les conversions, etc...Pour rester dans l'énumération familiale, j'ai donc cité ma femme, elle aussi immigrante récente sous Ubuntu, mais ayant un niveau bien au-desssus du débutant. Globalement, pas de problème avec l'interface : les logiciels fonctionnent correctement, quelques problèmes de lectures des rmvb, sinon ça va. D'ailleurs certains nouveaux utilitaires lui rendent la vie même plus facile. Par contre, Openoffice, là ça ne se passe pas aussi bien. Autant pour les formatages basiques les résultats et les options sont semblables, autant pour sa mise en page avancée cela coince parfois. Elle m'a posé plusieurs questions pour lesquelles je n'ai trouvé aucune solution.

D'ailleurs en tant que matheux, je dois bien avouer que les formules de maths ne se convertissent pas aussi facilement qu'on l'aimerait.

Pour une telle présentation, rien ne m'oblige de parler de ça, mais je préfère être honnête, et mettre directement les choses au clair. Si on décide de passer sous Ubuntu, certaines choses iront bien, mais pour d'autres il faudra faire des choix.

 

Du côté éducatif, j'ai vite énuméré GeoGebra et Maxima pour les maths, Googleearth pour mes collègues géographes, et fait une rapide démonstration de Stellarium et de Kalzium. Naturellement, Stellarium a produit l'effet escompté. Cela m'a permis de parler des solutions éducatives existantes sous Linux, et des nombreux logiciels pour l'apprentissage, dont je serais incapable d'établir une liste.

 

Un autre must est synaptic. Fini de s'embêter avec les mises à jour ( ne perdez pas de vue que je m'adresse à des débutants, et non pas à des fous furieux qui installent tout et n'importe quoi sous Sid ). Premièrement, le gestionnaire de mise à jour s'occupe de nous tenir automatiquement informé de l'état des lieux. Il suffit de mettre le mot de passe superadministrateur ( l'occasion pour moi de parler un peu de root ), et il fait le reste.

Quand je dis qu'il fait le reste, je me dois de préciser qu'il fait TOUT le reste, à savoir pas seulement le système, mais également tous les autres logiciels installés ( Firefox, Gimp, etc ... ). Les mises à jour centralisées sont une grande nouveauté pour les habitués de Windows.

Une rapide démonstration de Synaptic leur permet de constater le choix présents et la facilité d'exécution.

Bien plus impressionnant que les effets compiz.

 

Enfin, pour le multimédia, bien sûr le logiciel de gravure, mais surtout la gestion des appareils photos et scanner. Ayant un scanner à disposition, j'ai fait une rapide démonstration de xsane. Le point que je voulais aborder n'était pas l'interface de xsane, mais plutôt le fait qu'un seul logiciel permette de gérer toute une catégorie d'appareils. Xsane à lui seul permet de gérer la plupart des scanners, ce que j'ai présenté comme un avantage et un inconvénient.

Autant on se retrouve toujours avec la même interface, qui gère sans que l'on se soucie notre scanner, autant on ne peut pas profiter des pilotes du constructeur parfaitement adaptés à ce matériel. Eh oui, encore une fois, les .exe ne fonctionnent pas sous Linux. Même argumentation pour DigiKam et les photos.

 

Avantages et inconvénients

 

Il est évidemment hors de question de réaliser une liste exhaustive, mais plutôt d'aborder les points les plus importants :

 

  1. Argument n° 1 en tête des ventes : pas ( ou très peu ) de virus sous linux. Pas besoin d'antivirus, pas besoin d'anti-troyen, d'anti-spyware et de tout le toutim. Grands yeux.
  2. Conséquence directe de l'argument n° 1 : pas besoin d'avoir une bête de course pour faire tourner une Ubuntu. C'est d'ailleurs pour ces deux raisons là que mes proches sont passés sous Ubuntu : quand le navigateur n'est plus capable de démarrer sous XP en raison d'une surcharge dûe à Kaspersky, soit on achète un nouvel ordi, soit on se débrouille autrement. Hé ben si on installe une Ubuntu, ça tourne avec 512 Mo de ram. Oui, expérience vécue plusieurs fois.
  3. Mises à jour, installations et désinstallations faciles, ce que j'ai évoqué précédemment en parlant de synaptic.
  4. Grande communauté sur le web.

Dans les désavantages :

 

  1. Logiciels .exe habituels ne fonctionnent pas sous linux ( ok, je simplifie, mais je ne voulais pas compliquer mon exposé en parlant de wine ).
  2. Pilotes difficiles pour certains matériels : ils ont vu que le scanner marchait, que mon smartphone ( Androïd ) se connectait sans problème, mais j'ai avoué que la carte son était mal installée sur l'ordinateur de démonstration.
  3. Le passage à Openoffice n'est pas évident pour les pros de MS Office.
  4. Les plugins ne s'installent pas toujours automatiquement dans le navigateur, bien que de gros efforts aient été faits chez Ubuntu.

 

Conclusion

 

Beaucoup de travail pour moi, pour quels résultats ?

 

D'abord, une alternative proposée à tous, aux élèves comme aux professeurs, la possibilité de montrer, de tester sans se soucier ( si le système d'exploitation lâche, il me suffit de le synchroniser pour le remettre à neuf ). Dans une société où la majorité des gens sont encore restés à l'image du Linux d'il y a 10 ans, c'est-à-dire le système d'exploitation réservé aux connaisseurs, à l'élite de l'informatique, difficile à installer, je suis satisfait d'avoir pu apporter ma toute petite contribution en laissant diffuser l'information contraire dans une communauté éducative : Linux, ce n'est plus aussi difficile que ça à installer ni à utiliser. Et c'est finalement ça le plus important : changer l'opinion publique.

 

En effet le but n'est pas d'essayer de convaincre mes collègues de passer à Linux, en vantant le maximum d'avantages pour évincer tous les inconvénients. Car si c'est pour qu'ils soient en difficulté dès la première semaine d'utilisation avec une énorme envie de retourner sous Xp ou Seven, cela n'aura rien apporté à la communauté du libre.

 

Au final, il y avait en plus de moi déjà 3 linuxiens. Deux sont passés à Ubuntu depuis la rentrée ( notamment en raison des problèmes de lenteurs ou de bugs évoqués plus haut ), 4 se sont procurés les cd d'installation pour tester le dualboot, et quelques-autres utilisent Ubuntu en salle des profs sans réelle intention de l'installer, et se sentent assez à l'aise dans l'interface.

 

Maintenant, il faudra que j'essaye de mettre un projet en place impliquant les élèves motivés et les parents, il suffit juste ( sic ) de trouver le temps pour cela...

Mise à jour le Samedi, 23 Octobre 2010 19:03